… de se rendre à la prochaine session des semaines sociales de France : « La démocratie, une idée neuve »
- Faut- il vraiment désespérer de la politique?
Venir à la session, c’est prendre rendez vous avec ce qu’il y a aujourd’hui de noble et d’innovateur en politique
Même si nous n’abordions pas le temps des présidentielles françaises, le fond de l’air est au retour du politique, en France, en Europe, dans le monde. Au rebours des slogans selon lesquels les politiques sont dépassés par les marchés et par la mondialisation des échanges, c’est bien des politiques que viennent aujourd’hui les décisions et les initiatives hors desquelles manifestement les marchés tournent en rond et s’anéantissent eux-mêmes. C’est de la politique et d’elle seulement que peut venir la capacité de résoudre des dilemmes incontournables : sauver la Grèce, rétablir les équilibres, pallier l’instabilité des finances publiques, mais pas au prix d’un désastre social. Pour s’en tenir à la seule Europe, il faut certes déplorer sa lenteur. Mais on peut aussi s’étonner de la profondeur des initiatives qu’elle a été capable de conduire, en contraste avec dix années de stagnation. De même pourra-t-on trouver dans les témoignages venus de Pologne (Aleksander Smølar) et de Tunisie (Asma Nuira) matière à s’émerveiller de la vitalité des attentes démocratiques. On sera aussi surpris de découvrir avec Loïc Blondiaux, chercheur en sciences politiques, l’inventivité des pratiques délibératives nouvelles qui conjuguent « expertise des citoyens » et souci du long terme.
Demeure le défi pour les politiques « supranationales » de coopération et de solidarité internationale d’être crédibles pour les citoyens, spécialement ceux qui souffrent de l’ampleur des inégalités, au point de perdre toute confiance dans les dirigeants. Ce sera l’un des fils rouges de la session, abordé notamment par Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce et Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente de Lettonie.
- Comprendre les enjeux de la crise actuelle de l’Europe, de l’Euro et du G20
Venir à la session, c’est poursuivre avec Michel Camdessus une réflexion engagée par les Semaines sociales à Lyon en 2008, exprimant un regard chrétien sur ce qu’était déjà la crise financière internationale.
Comme nous l’avions fait en 2008, où la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers s’étaient invitées au programme, nous consacrerons vendredi soir un moment, hors programme, à la crise. Michel Camdessus, ancien président des Semaines sociales de France, sera interrogé par Marie Dancer, journaliste à la Croix, afin de commenter la présente crise financière, non comme simple observateur, mais comme acteur engagé de longue date sur le chantier de la construction d’un ordre monétaire et financier international, européen et mondial. Il s’agira d’abord de mieux comprendre les enjeux de court et de plus long terme et de nous situer comme simple citoyens face à ces enjeux.
- Droits de l’homme et bien commun : où en sommes- nous de l’engagement des chrétiens en politique ?
Venir à la session, c’est approfondir le lien entre religion et démocratie et mieux discerner les responsabilités propres du politique aujourd’hui.
En 1997, le Père Valadier rappelait au cours d’une session consacrée déjà à la démocratie (« démocratiser la République ») la proximité entre les valeurs fondatrices de la démocratie et celles dont se réclament les disciples du Christ. Constatant cette proximité et en même temps la fragilité de la démocratie, il soulignait la nécessité d’un engagement citoyen des chrétiens. Nous serons conduits à préciser cet engagement en constatant avec les philosophes Paul Thibaud et Pierre Manent que la priorité donnée aujourd’hui aux droits de l’homme, y compris par nos Eglises, a pu paradoxalement renforcer la propension « individualisant » de nos sociétés au détriment de la capacité à faire vivre des projets communs. A-t-on le droit de dire que les chrétiens aujourd’hui sont plus à l’aise dans les engagements humanitaires et sociaux adossés aux droits humains fondamentaux que dans la recherche de compromis politiques qui nourrissent des projets communs ?
- De quels leaders avons-nous besoin aujourd’hui, dans la société et en politique ?
Venir à la session, c’est avoir, comme en 2006, l’occasion d’un dialogue avec des présidentiables
On entend parfois dire que la langueur de la démocratie provient du manque de charisme ou de « leadership » des dirigeants politiques. Cependant cette réflexion souvent recueillie laisse songeur : aurions-nous besoin de dirigeants autoritaires pour nous rassurer, nous protéger contre ce qui semble confusément nous menacer, pour défendre notre identité contre ceux qui prétendent nous ressembler ou nous rejoindre ? Ne critique-ton pas aussi les responsables pour ne pas savoir écouter, ne pas prendre l’opinion de ceux qui sur le terrain connaissent le poids et la complexité des choses et finalement d’être coupés du peuple? Nous tenterons au cours de la session d’explorer in concreto cette contradiction de nos attentes à l’égard des responsables, en organisant pendant deux heures des groupes de délibération, à partir de 15 thèmes d’actualité politique. Nous inaugurerons alors une formule toute nouvelle, distinctes de nos « ateliers ». Les participants à la session, dix à vingt par groupes, y seront conviés à prendre en compte l’opinion d’autrui et à œuvrer pour une contribution commune, à partir de 15 axes de propositions issues du travail des Semaines sociales depuis 2006. Le fruit de ces rencontres, présenté le dimanche matin, sera à l’arrière plan des questions que nous poserons aux présidentiables : comment entendent- ils présider ? Comment comptent-ils susciter l’engagement et la participation ?
Nous en sommes convaincus aux Semaines sociales, aucun des grands défis des prochaines années ne pourra être surmonté sans une participation active, un engagement des citoyens. L’Etat, les entreprises sont les moteurs du changement, mais celui-ci doit aussi habiter les cœurs. Nous y réfléchirons avec le philosophe Jean-Luc Marion qui montrera combien la poursuite de l’aventure démocratique rend indispensable désormais, au-delà du contrat et de l’échange, d’autres modes de relations tels que ceux qui sont engendrés par le don et la générosité.
- La démocratie, une idée neuve pour la France ?
Venir à la session, c’est redécouvrir la richesse de médiations sous estimées dans notre pays
Au temps de la complexité et de la diversité, la démocratie a plus que jamais besoin de médiations entre l’Etat et les citoyens. Pourtant medias et corps intermédiaires sont chez nous à la peine. Dans quelle mesure est-ce l’effet de leur altération, de leur vieillissement, ou bien plutôt le reflet d’un conservatisme social, d’une société elle-même vieillissante ? Avec Robert Rochefort, député européen et Olivier Mongin, directeur de la Revue Esprit, nous ouvrirons le débat sur les medias, anciens et nouveaux. Avec Jean-Paul Delevoye, Geneviève Roy (CGPME) et Bernard Ibal (CFTC, vice-président des Semaines sociales), nous redécouvrirons la pertinence des médiations sociales, professionnelles et syndicales, dans une société où il ne s’agit plus seulement de dégager une majorité mais de faire droit à la multiplicité des points de vue.
- La démocratie une idée neuve pour l’Eglise ?
Venir à la session, c’est aussi interroger la qualité de la relation d’écoute mutuelle entre laïcs et clercs
L’Eglise, entend-on souvent, ne peut être assimilée à une démocratie. Cela veut-il dire qu’elle soit soustraite à la culture démocratique, une culture qui doit elle-même beaucoup au christianisme ? Depuis le Concile Vatican II, l’Eglise catholique reconnait ce qu’elle doit à son dialogue avec le monde, ce qui même face à la critique sociale la nourrit et la rend plus fidèle à sa mission. A l’heure où les pratiques démocratiques évoluent et se font plus exigeantes en vue de la participation de tous, comme le dira avec force Véronique Davienne (ATD quart monde), peut-on compter sur de nouveaux charismes, et de nouvelles formes de dialogue, en Eglise comme dans la relation entre l’Eglise et la société ? Ce sera le thème du débat entre Christine Pédotti, fondatrice de la Conférence des baptisé-e-s, et Laurent Villemin, prêtre et professeur d’ecclésiologie, qui traiteront du vivre ensemble, en Eglise.
- Dialoguer entre les générations pour transmettre l’esprit démocratique
Venir à la session pour en retirer quelques idées claires, afin de vivre et de communiquer l’esprit de la démocratie au quotidien
Cette rencontre des Semaines sociales fera davantage de place au débat entre les générations. De ce débat dépend la possibilité de transmettre l’esprit de citoyenneté, comme le souligneront ensemble Guillaume Légaut, membre du conseil des Semaines sociales de France et Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente de Lettonie. Aussi les jeunes générations seront-elles plus visibles au cours de cette session des Semaines sociales. Des étudiants et des jeunes professionnels prendront place à la tribune pour réagir aux interventions et questionner leurs auteurs. Les jeunes européens seront cette fois encore au rendez-vous de la session.
Finalement, les conclusions de la session devraient permettre de formuler quelques pistes concrètes offrant à chaque participant des idées, des ouvertures pour être davantage acteur de la démocratie au quotidien : non seulement en politique, mais aussi dans l’entreprise, dans la famille, dans la vie associative et en Eglise.
Pour plus d’informations et pour s’inscrire : voir le site www.ssf-fr.org.